Des maux sans nombre m’environnent de toutes parts. A mes malheurs personnels et à ceux de ma famille, qui sont affreux, se joignent, pour accabler mon âme, ceux qui couvrent la face du royaume. Les cris de tous les infortunés, les gémissements de la religion opprimée retentissent à mes oreilles, et une voix intérieure m’avertit encore que peut-être, votre justice me reproche toutes ces calamités, parce que dans les jours de ma puissance, je n’ai pas réprimé la licence du peuple et l’irreligion qui en sont les principales sources ; parce que j’ai fourni moi-même des armes à l’hérésie qui triomphe, en la favorisant par des lois qui ont doublé ses forces et lui ont donné l’audace de tout oser. O Jésus-Christ, divin rédempteur de toutes nos iniquités, c’est dans votre Cœur adorable que je veux déposer les effusions de mon âme affligée. J’appelle à mon secours le tendre cœur de Marie, mon auguste protectrice et ma mère et l’assistance de saint Louis, mon patron et le plus illustre de mes aïeux.

Ouvrez-vous Cœur adorable et par les mains si pures de mes puissants intercesseurs, recevez avec bonté des vœux satisfactoires que la confiance m’inspire et que je vous offre comme l’expression naïve de mes sentiments. Si, par un effet de la bonté infinie de Dieu, je recouvre ma liberté, ma couronne et ma puissance royale, je promets solennellement : 1. De révoquer le plus tôt possible toutes les lois qui me seront indiquées soit par le Pape soit par un Concile, soit par quatre évêques choisis parmi les plus éclairés et les plus vertueux de mon royaume… notamment la Constitution Civile du Clergé. 2. D’établir, en suivant les formes canoniques, une fête solennelle en l’honneur du Sacré-Cœur de Jésus laquelle sera célébrée à perpétuité dans toute la France… 3. D’aller moi-même…, après ma délivrance, dans l’Eglise Notre-Dame de Paris… prononcer un acte solennel de consécration de ma personne, de ma famille et de mon royaume au Sacré-Cœur de Jésus. 4. D’ériger et de décorer à mes frais, dans l’église que je choisirai, une chapelle ou un autel qui sera dédié au Sacré-Cœur de Jésus. 5. Enfin de renouveler tous les ans, au lieu où je me trouverai, le jour qu’on célébrera la fête du Sacré-Cœur, l’acte de consécration exprimé dans l’article troisième et d’assister à la procession générale qui suivra la messe de ce jour. Je ne puis, aujourd’hui, prononcer qu’en secret cet engagement, mais je le signerais de mon sang s’il le fallait ; et le plus beau jour de ma vie sera celui où je pourrai le publier à haute voix dans le temple. O Cœur Adorable de mon Sauveur, que j’oublie ma main droite et que je m’oublie moi-même si jamais j’oublie vos bienfaits et mes promesses si je cesse de vous aimer et de mettre en vous ma confiance et ma consolation. »

Au moment de son exécution, par les paroles qu’il proféra, en face du peuple qui applaudissait à sa mort, Louis XVI montra qu’il rendait compte du sort qui lui était réservé par une minorité impitoyable : « Français, je suis innocent ; je pardonne aux auteurs de ma mort, je prie Dieu que le sang qui va être répandu ne retombe jamais sur la France ». L’abbé Edgeworth, aumônier de la prison du Temple, et assistant du roi qui allait expier par sa mort les fautes de plusieurs de ces ancêtres, s’écria au moment suprême : « Fils de saint Louis, montez au ciel ». Le témoignage du prêtre au royal mourant semble bien indiquer que la dynastie capétienne, qui pendant mille ans avait fait la France, se purifiait de toute responsabilité dans la mort de Louis XVI dont le sang la régénérait.